« ON N’A PAS ÉTÉ PAYÉS ET ON N’A PLUS DE GAZOLE POUR LES CAMIONS» : ZIEGLER PLACÉ EN REDRESSEMENT JUDICIAIRE

L’entreprise de transport Ziegler qui emploie près de 1 500 salariés à travers la France a été placée en redressement judiciaire, à sa demande, lundi 2 mars par le tribunal de commerce de Lille. En cause : des pertes financières qui s’accumulent depuis plusieurs mois dans un contexte économique devenu particulièrement tendu.

Dans un communiqué publié mardi, la société dirigée par Alain Ziegler évoque « un contexte économique difficile », marqué par la hausse des coûts de l’énergie et du carburant, une concurrence accrue et la perte de plusieurs contrats importants. Sur le terrain, la réalité est déjà bien plus brutale.

➡️ « On a vite compris que ça allait mal finir »

Thierry (prénom d’emprunt), salarié de la plateforme de Donchery depuis plusieurs années, raconte une dégradation progressive de la situation.
« On nous avait prévenus par courrier dès décembre qu’il y avait des difficultés financières, avec l’espoir qu’un actionnaire arrive mais personne n’est jamais venu, on a vite compris que ça allait mal finir », indique-t-il. L’activité aurait d’abord ralenti avant que les problèmes ne s’enchaînent. « Vendredi, on nous a dit de ne pas venir travailler, lance le salarié. On n’a pas été payés en février, de toute façon, on n’a même plus de quoi mettre du gazole dans les camions. »

➡️ Des livraisons à l’arrêt

Selon lui, plusieurs clients auraient déjà cessé de travailler avec l’entreprise. Les livraisons dans les Ardennes et pour certaines concessions automobiles de la région sont désormais stoppées. « Mercedes ne veut plus réparer nos camions, Vulco ne veut plus changer nos pneus, les prestataires refusent d’intervenir car ils savent qu’ils ne seront pas payés mais je ne veux pas entendre que c’est la perte du contrat Unilin qui a été un coup dur, c’est n’importe quoi et bien plus général », poursuit-il, évoquant une dette estimée à 7 millions en 2024 et grimpée à 25 millions d’euros en 2025. À Donchery, le dialogue avec la direction serait aujourd’hui rompu. « On nous renvoie chez nous sans explication. On subit complètement la situation, déplore Thierry. Et puis ce redressement c’est de la poudre aux yeux pour faire bonne figure, Alain Ziegler sait très bien qu’on va couler et tout le monde va nous laisser crever dans l’indifférence. »

➡️ L’espoir des AGS pour les salaires

Ça ne suffira pas à deviner une lueur d’espoir mais dans le cadre du redressement judiciaire, les salaires devraient être pris en charge par l’Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés (AGS). Une maigre consolation pour des employés qui redoutent désormais la suite. « On a l’impression qu’on nous laisse couler pendant que d’autres récupèrent déjà nos marchés, conclut Thierry, très amer. Ça va laisser 1500 employés sur le carreau en France et personne n’en parle c’est hallucinant. »

Contactée, la direction de Ziegler France n’a pas souhaité commenter la situation spécifique de la plateforme de Donchery, renvoyant au simple communiqué officiel du groupe.