Le tribunal correctionnel de Charleville-Mézières a rendu sa décision ce lundi 30 mars dans l’affaire opposant Manuel D., 42 ans, kinésithérapeute à l’Institut d’Éducation Psychomotrice de Bazeilles et à l’Association d’Aide aux Infirmes Moteurs Cérébraux du Nord et de l’Est. Le prévenu était poursuivi pour agression sexuelle imposée à une personne vulnérable entre le 1er et le 22 juin 2024.
➡️ La main sur le sexe d’une jeune hémiplégique
Manuel D. était accusé d’avoir commis un geste à caractère sexuel sur une jeune fille de 19 ans. La patiente hémiplégique était suivie à l’IEPM de Bazeilles où le kinésithérapeute travaillait depuis de nombreuses années. Revenons aux faits : La victime avait déclaré à son accueillante familiale que le kinésithérapeute aurait soulevé sa robe et posé sa main sur son sexe lors d’une séance de rééducation. Un massage des membres inférieurs qui aurait dérapé. La victime, dont l’âge mental est estimé à six ans en raison de son handicap, aurait demandé à ce qu’il arrête de suite.
➡️ Un attirance et une invitation
Les faits ont été dénoncés le 23 juin 2024, après que l’accueillante de la victime ait questionné la jeune fille sur son comportement et ses échanges avec Manuel D. Le kinésithérapeute a toujours nié tout geste déplacé. Il préfère décrire une relation amicale et une attirance réciproque. L’enquête a révélé que le professionnel de santé entretenait une relation particulière avec sa patiente. Il l'avait notamment invitée à son anniversaire en mai 2024, une initiative jugée inappropriée par certains collègues. Un mail adressé à la famille d’accueil, signé « Nous », suggérait une implication personnelle marquée : « Nous aimerions l'inviter à notre anniversaire. Nous viendrions la chercher chez vous et la ramènerions. »
Les collègues du professionnel, interrogés lors de l’enquête administrative, se sont déclarés surpris par les accusations, soulignant le respect apparent des règles par l’accusé. D’autres ont exprimé des réserves sur ses méthodes, notamment son insistance à vouloir maintenir un lien extra-professionnel avec la victime.
➡️ « C’est l’amour qui l’emporte »
Manuel D., décrit comme rigide et droit dans son approche professionnelle, souffrirait selon les experts d’un trouble du spectre autistique avec une compréhension limitée des nuances sociales. Les psychiatres ont évoqué une légère altération du discernement, sans pour autant remettre en cause sa responsabilité pénale. Lors de son audition, le kinésithérapeute a reconnu avoir développé des sentiments pour sa jeune patiente mais a nié formellement tout acte sexuel. « Entre l’éthique et l’amour, c’est l’amour qui l’emporte », a-t-il lancé. Selon lui, la jeune fille lui avait exprimé son affection à plusieurs reprises.
➡️ Peine de prison avec sursis et interdiction d’exercer
La défense a plaidé pour une atténuation de la peine, mettant en avant le manque de spontanéité dans les déclarations de la victime, recueillies après un questionnement insistant de son accueillante. Une éducatrice spécialisée a estimé que la victime, bien que non menteuse, était influençable et inconsciente des conséquences de ses propos.
Le parquet a requis trois ans de prison dont deux avec sursis probatoire (obligation de soin, de travail, interdiction de contact) ainsi qu’une interdiction définitive d’exercer la profession de kinésithérapeute et une inscription au FIJAIS (Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles). Le tribunal a finalement condamné Manuel D. à trois ans de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire, avec obligation de suivre un traitement médical. Il a également prononcé une interdiction définitive d’exercer la profession de kinésithérapeute.